Intervention au Conseil National du 18-06-2003

Intervention de S. Julien au CN du SNUipp du 18 juin 2003

 

Malgré une opinion qui nous est restée plutôt favorable, le refus de la CGT d’une grève générale (il paraît que ça ne se décrète pas !), l’arrêt des reconductibles et l’essoufflement du mouvement dessinent une défaite annoncée pour les salariés et il ne fait plus guère de doute à présent que la réforme des retraites passera à l’Assemblée.

Comment en est-on arrivé là ? Certains pourraient être tentés de l’attribuer trop facilement à la faible mobilisation du secteur privé. Mais c’est oublier que le mouvement de mai-juin 2003 s’est avéré supérieur à celui de décembre 1995, sur le plan de la participation du privé. Il en va de même sur le plan de l’importance des manifestations et du soutien de l’opinion publique.

On peut plus justement chercher les responsabilités dans la pédagogie du renoncement distillée par la gauche de gouvernement depuis 20 ans, ou par la trahison de la CFDT, ou par les atermoiement de la CGT, ou par les revirement de FO… Tout cela est juste sans doute, mais cela ne nous exonère pas de notre devoir de critique envers notre propre organisation.

Car si la mobilisation dans l’éducation nationale a été exemplaire, si nous avons toutes et tous travaillé sans compter sur le terrain en tant que militants, avons nous en tant qu’organisation fait tout ce que nous pouvions faire, tout ce que nous devions faire, pour gagner ?

- La FSU a-t-elle eu raison de soutenir en janvier un appel commun taisant certaines de nos revendications essentielles pour permettre une unité de façade avec la CFDT qui allait nous trahir au pire moment ?

- Vis à vis de ses militants, la FSU a appelé à la grève reconductible “partout où les conditions étaient réunies”. Mais publiquement, dans les médias, elle n’a parlé par la voix de ses dirigeants que des appels nationaux, taisant le fait que de très nombreuses sections étaient en grève reconductible, pour certaines depuis avril. Cette attitude n’a-elle pas constitué un obstacle à la généralisation du mouvement de grève reconductible ?

- Dès le début mai, la FSU s’est alignée sur le calendrier de la CGT: 13 mai, 25 mai, puis 3 juin, 10 juin, 19 juin. D’une part ce calendrier à épuisé nos forces, étirant notre mouvement en longueur. D’autre part il est apparu très vite que l’appareil de la CGT n’était pas prêt à jeter toutes ses forces dans la bataille de la défense des retraites, en particulier lorsqu’il a fait reprendre le travail à la SNCF et à la RATP au lendemain du 13 mai, puis quand il a donné l’impression de nous ignorer superbement, comme si notre rythme de mobilisation était un luxe de fonctionnaires privilégiés. Partout les camarades se sont retrouvés perplexes depuis fin mai sur la stratégie de la CGT. Avons-nous eu, ou aurons-nous une explication de texte avec Montreuil ? Une question circule aussi : La FSU n’aurait-elle pas dû alors elle-même chercher à unifier nationalement les grèves de l’Education Nationale au-delà de journées d’action hebdomadaires, sans attendre un appel confédéral à la grève générale qui n’est pas venu ?

- Après le 13 mai, le CN du SNU puis le BDFN de la FSU ont dit que seule la grève générale pouvait nous permettre de gagner, et ont adopté des textes demandant aux autres organisations syndicales d’agir dans ce sens. Ces demandes n’ont pas été publiées. Dans la presse, la télé, quel dirigeant de la FSU ou de ses syndicats a pris position en faveur de la grève générale ? Bien des militants pensent aujourd’hui que ces appels du SNUipp et de la FSU étaient surtout destinés à les satisfaire à peu de frais.

- La FSU, après le meeting catastrophique de Marseille, qui a vu des dirigeants syndicaux sifflés par la foule des grévistes, dont beaucoup sont repartis complètement démoralisés, la FSU s’associe à une consultation de la CGT dont le texte ne cite pas même pas les 37,5 annuités, et dont l’utilité comme outil aujourd’hui semble assez chimérique face à la détermination gouvernementale.

Un gouvernement qui a dû à l’occasion de ce mouvement laisser tomber le masque du pseudo-consensuel et a montré très clairement son caractère réactionnaire. Il est décidé à pousser son avantage le plus loin possible. Cela signifie qu’il va s’efforcer de démanteler tous les acquis : sécurité sociale, éducation nationale, services publics, droit du travail, droit de grève, … etc. Autant dire que nous avons encore bien du travail devant nous et devons rester vigilants sur notre stratégie syndicale. Le gouvernement n’aura d’attentions pour les organisations syndicales que dans la mesure où, comme la CFDT, il pourra les utiliser pour parvenir à ses fins.

Le mouvement a permis une prise de conscience remarquable chez les salariés en particulier chez les enseignants. Nous aurons à la rentrée de nouveaux syndiqués très combatifs, ayant compris que l’outil syndical était indispensable à la sauvegarde de leurs acquis. De très nombreux enseignants sont prêts à s’impliquer dans les syndicats, et en particulier dans le SNUipp, qui a su jouer un rôle moteur, mais pour s’y faire entendre. La façon dont nous les accueillerons sera importante pour repartir très vite dans la lutte.

Disponible aussi au format pdf ici 

Laisser un commentaire