Edito: La difficulté nous appelle
Le “grand débat sur l’école” est une farce. C’est notre tâche de le dire clairement aux collègues. On nous rejoue la même musique, la même “méthodologie” que pour la décentralisation, la façade de concertation bidon (mais les collègues ont connu ça en 1989) qui n’est que de la communication. On sait mieux désormais comment travaille et comment “consulte les partenaires” ce gouvernement réactionnaire et anti-salariés jusqu’à l’impudeur. Débattre après la réforme Fillon, avec ceux qui recrutent 3500 listes complémentaires affectés pour certains sur des postes spécialisés et des secrétariats CCPE ? On pourra discuter des opportunités de fenêtres médiatiques éventuellement offertes à nos propres positions, mais nous ne laisserons pas les majoritaires s’engouffrer dans le débat sans qu’ils en dénoncent clairement et publiquement la supercherie. Il ne faut pas laisser monologuer le gouvernement. Il ne faut pas non plus cautionner son imposture.
Si la rentrée ne s’est pas faite sans amertume, ce ne sera pas la dernière qui aura ce goût. Ceux qui surfent sur cette amertume en relayant les appels à des formes variées de grève du zèle arriment les collègues à une attitude de repli négatif, déprimé. Cette accompagnement du repli peut prendre aussi la forme de fausses évidences.
Plusieurs assertions ont semblé rencontré l’assentiment général dans le syndicat à l’issue de notre lutte du printemps. Revenons rapidement sur deux d’entre elles.
” Il nous a manqué une perspective d’alternative politique ” est une de celles qu’on a le plus entendu. Ce n’est pas faux. La décomposition idéologique du principal parti de la gauche parlementaire depuis vingt ans ne cesse et ne cessera d’être un problème. Et pourtant, faudra t-il attendre les calendes grecques d’une solide reconstruction antilibérale dans le paysage politique ? Subordonner notre action à celle-ci ? Sans chercher à mépriser de tels efforts, ne devrions-nous pas d’abord compter sur l’action indépendante et de masse d’un syndicalisme régénéré, combatif quelque soit le contexte politique, comme seul moyen sûr de défendre nos acquis, tout particulièrement en période de libéralisme triomphant. Les salariés (ré)apprennent à défendre leurs droits dans l’action. Ceux qui n’ont à nous proposer qu’attendre l’alternance pour revenir sur une réforme rétrograde n’ont rien compris aux leçons de notre génération.
” On n’a pas perdu parce qu’on pouvait pas gagner ” s’est aussi entendu. On ne pouvait gagner sans la CGT, ça c’est sûr. Mais dire, présenter les choses comme ça, c’est très pervers et pour beaucoup très choquant. Aurait-on lancé les collègues dans la lutte en vain sinon pour les instrumentaliser ?! Leur dit-on ainsi qu’on ne peut plus gagner, et qu’il serait donc devenu vain d’essayer ?! Veut-on ainsi éviter d’avouer qu’on aurait peut-être pu forcer davantage les choses par une meilleure adéquation entre nos mandats et leur lisibilité médiatique, par une mobilisation mieux organisée, notamment sur l’articulation discutable entre reconductible et temps forts; en n’hésitant pas à menacer vraiment le bac, dont le bon déroulement a été source de démobilisation; en appelant les autres organisations à nous rejoindre sur le mot d’ordre de grève générale ? Car sans affirmer que nous aurions gagné à coups sûrs avec une grève générale (qui se solda par exemple par un lourd échec en 1938), nous aurions au moins essayé l’outil de lutte à la hauteur de la bataille. Dire qu’on ne pouvait pas gagner, c’est esquiver cette évidence. C’est renforcer l’abattement des collègues qui considèrent que la réaction a mis la barre trop haut, style “on tiendra jamais des grèves de trois mois” quand dès la fin mai il était clair qu’il ne s’agissait plus de prolonger mais d’étendre pour gagner.
Attention donc au fausses évidences et à comment on les formule, sinon des camarades ne feront qu’accompagner et renforcer le reflux qui suit chaque défaite.
L’important aujourd’hui, c’est de maintenir et de développer le niveau de mobilisation des collègues et le niveau de maturité (de ” désillusion active ” ?) des cadres du mouvement syndical. Certes, c’est bien gentil de le dire, c’est autre chose d’y parvenir. Certes, la F.S.U. n’est pas pour cela l’outil optimal, la réalité est ainsi, n’est-ce pas aussi pour cela que nous nous regroupons pour défendre une autre orientation ?
La dure réalité des évolutions sociales de notre époque rattrape les plus optimistes ou les plus endormis d’entre nous. C’est parce que c’est difficile, parce que désormais tout sera plus difficile, qu’il faut syndiquer nos collègues et s’engager dans le débat d’orientation de notre syndicat. La difficulté nous appelle.
S.J.
[Ensemble n°21 (1er octobre 2003).]

"l faut éviter le fléchage des crédits et augmenter la déconcentration de la gestion, notamment en matière de personnel" (commission des finances à l'Assemblée, 14 mars 2006)
):

Mouvement de mai-juin 2003 sur les retraites
Congrès de Seignosse du SNUipp, juin 2004
...à Caen...
... et à Nice.



