Le “grand débat” sur l’école

Communiqué Ensemble: sur le pseudo-débat

Lors du conseil national des 6-7 novembre, notre porte-parole s’est abstenu sur le texte action car il était trop ambigüe sur le “débat” sur l’école, n’évoquant pas son volet institutionnel (adjectif absent du texte). Ce qui fait à la fois l’inconvénient et l’avantage d’une ambiguïté, c’est que chacun peut y trouver son compte. Certaines sections s’engageant heureusement vers un boycott du débat institutionnel, nous n’avions pas voulu les mettre en difficulté par un amendement qui aurait mis en minorité leur clarté. Pourtant, c’était négliger l’interprétation nationale par notre direction, résolument pour jouer le jeu du pseudo-débat. Il suffit de feuilleter le Fenêtres sur cours n°248 qui suit ce CN, et par exemple l’encart couleur de la page 14 (”occuper tous les espaces possibles de débat possibles”) où notre secrétaire générale Nicole Geneix, à la bonne question “Deux demi-journées banalisées pour permettre l’expression des enseignants, n’est-ce pas un leurre ?” répond rien moins que ceci: “Si on considère le moment venu que le débat institutionnel ne garantit pas l’expression démocratique il faudra le dire. Pour l’instant on ne le sait pas“. Nous affirmons pour notre part que le “débat” institutionnel sur l’école est faussé d’avance, qu’il est une mascarade et une pure opération de communication médiatique en vue de nouvelles attaques contre le service public d’éducation.

(18 novembre 2003)

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QUELQUES FACES CACHEES DU GRAND DEBAT SUR L’ECOLE

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Le grand débat sur l’école institué par ce gouvernement est une mascarade doublée d’une énorme supercherie. Plus beaucoup de militants, d’enseignants, de parents d’élèves pensent qu’il s’agit là d’une invite au débat, à la réflexion et à l’élaboration d’un projet. Tout est corseté d’avance dans le cadre de 22 fiches qui contiennent les questions et les réponses… Il s’agit pour Luc Ferry qui a dû reculer en mai juin 2003-devant la mobilisation des personnels contre sa politique de décentralisation d’essayer de reprendre la main et d’entraîner les grandes organisations syndicales à co-gérer sa réforme… De grain à moudre, il y en a peu, très peu, quelques miettes à la marge. Tout est joué d’avance ! La première fiche qui pourrait à première vue nous intéresser puisqu’elle est censée être consacrée aux ” valeurs républicaines ” annonce la couleur : ” Le développement de l’économie de marché, dans le cadre de la mondialisation, conduit à renforcer la demande de formation adressée à l’école et à exiger d’elle qu’elle devienne plus efficace “. L’efficacité, la rentabilité, voilà les maîtres mots… Les annonces contenues dans les fiches suivantes découlent de la première. La scolarité jusqu’à 16 ans est visée, les stages en entreprise dès 14 ans sont largement cités en exemple dans la fiche 4 et poser la question est y répondre : ” La durée de scolarité obligatoire est-elle adaptée à notre temps “. Pour que tout soit plus clair Luc Ferry revient à la charge dans sa fiche 7 et 7 bis en proposant que des jeunes puissent “sortir plus tôt du système éducatif et compléter un bagage après un premier constat avec le monde du travail “. Il s’agit presque de proposer une déscolarisation… Pour Chirac-Raffarin-Ferry l’Education Nationale doit se rentabiliser, c’est à dire faire des économies:

- Les entreprises sont associées à travers l’alternance et les stages de toutes sortes ;

- Les établissements vont disposer d’une autonomie accrue, ils rechercheront ainsi des financements privés pour réaliser leurs projets ;

- La décentralisation, c’est à dire le démantèlement de l’Education Nationale est au centre de la fiche 18.

La fiche 18 annonce clairement que le ” gouvernement a décidé d’une nouvelle répartition des rôles et des compétences “… Les personnels en grève durant le printemps 2003 ont souligné le danger d’un tel transfert de compétences de l’Etat vers les collectivités territoriales avec les incidences quant aux garanties statutaires des personnels et à l’avenir même du service public… On commence à transférer les personnels ouvriers et de service puis après rien n’empêche les collectivités d’ouvrir un marché public et de faire appel à des entreprises privées pour l’entretien et la restauration… Quand Luc Ferry annonce que la scolarisation en maternelles à 2 ans est une priorité dans les zones prioritaires, il ment délibérément…Pour prendre un exemple que je connais bien : à Melun Almont, les enfants nés en 2001 doivent attendre septembre 2004 pour pouvoir être scolarisés…

Avec la décentralisation, le gouvernement vise à renvoyer les tout petits 2 à 4 ans vers les crèches départementales et municipales… Certaines expérimentations pédagogiques sont actuellement en cours…Une telle politique menée à terme peut conduire à la non-scolarisation de dizaines de milliers d’enfants sans d’ailleurs qu’ils puissent trouver une place en crèche. Ce grand débat vise à donner une certaine légitimité à une tentative visant d’adapter l’école à l’économie de marché, c’est à dire à casser le service public. De nombreuses organisations syndicales comme la FSU, la FERC-CGT, l’UNSA-éducation et le SGEN-CFDT appellent les acteurs de l’école à investir le grand débat. Cet appel a t-il été entendu ? Rien n’est moins sûr. Des appels au boycott, aux contre débat se multiplient avec notamment des initiatives fort intéressantes comme celles qui consistent à expliquer aux parents les enjeux quant à l’avenir de leurs enfants et le pourquoi d’un tel positionnement de refus de participer au débat.

J.-F. C. et S. J.

(Ensemble n°24, 1er janvier 2004)

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