Les besoins éducatifs particuliers
Ce concept, nouveau en France, d’origine anglaise, est largement adopté par l’Europe comme le montre l’existence de ” l’European Agency for development in Special Needs Education “.Hervé Benoît rédacteur en chef de la revue du CNEFEI pose la question dans son éditorial, cette notion aura-t-elle pour conséquence de ” rendre caduques les notions d’Adaptation et d’intégration, de faire ainsi voler en éclats les repères qui structurent nos pratiques actuelles d’enseignement et d’orientation? “.
Cette question d’importance mérite d’être posée, parce qu’au-delà des causeries de salons, au-delà des mots et des concepts, il y a des politiques qui se traduisent concrètement pour les enfants, les familles et les collègues.
L’introduction des besoins éducatifs particuliers traduit une accélération du processus d’intégration (CLIS/UPI) et/ou d’inclusion (classe ordinaire) des élèves handicapés au sein du système scolaire. Du point de vue idéologique, elle s’appuie sur une démarche qui consiste à glisser d’un modèle médical vers un modèle sociologique. Ici c’est le désavantage par rapport à une norme sociale qui est pris en compte et non la déficience inscrite dans l’individu.
Comme le note Philippe CORMIER ” la définition du handicap comme “désavantage” va dans le sens d’un refus d’attribuer la “chose” à la personne. Idem, lorsqu’on parle de “trouble”, il s’agit de pathologie… sinon on parle de “difficultés”. Il reste que l’intégration va dans le sens de l’abolition des différences par leur paradoxale généralisation - banalisation : nous sommes tous différents, nous avons tous des besoins particuliers (special needs)… La notion de normalité est elle-même en voie de dissolution (cf. Canguilhem, le normal et le pathologique). On va vers des dispositifs basés sur la différenciation et le projet individualisé, que ce soit même avec les enfants sans problème particulier (parcours individualisés de formation après des bilans de compétences) ou avec les autres (enfants ou élèves, et plus globalement personnes en difficulté, ou handicapées). Ces “autres” constitueront peut-être demain une seule catégorie floue, mais juridiquement cela ne résoudra pas le problème (coût, prise en charge, prix de journée). À long terme, on peut penser que tout ce qui est du domaine pédagogique sera banalisé (” l’affaire de tous “, en terme de prévention et de “soutien”), les aspects socio-culturels abordés à l’échelle des établissements et des “bassins” ou “zones”, dans des “projets”. Par ailleurs on devient plus sensible à l’aspect “psy” des problèmes. Mais en même temps à la médicalisation et à la réponse technique et fonctionnelle (référence aux neurosciences et sciences cognitives) à des “troubles” (surtout du langage comme la clé de tout). “
Cette méta catégorie, fourre tout, qui rassemble les enfants ” précoces ” et souffrant de handicap mental, en gommant les limites met l’accents non plus sur les réponses institutionnelles, mais sur l’individu et ses besoins. En remettant en cause l’approche médicale, elle met à mal l’existence des centres médico-sociaux qui peuvent être dès lors considérés comme des structures ” ségrégatives “. En mettant l’accent sur des besoins éducatifs particuliers, elle ouvre la voie à une inclusion de tous les élèves dans le système scolaire. Et à terme, elle ouvre la possibilité de passer d’un usager du service public à un client.
La mise en place de cette politique a posé de nombreux problèmes en Angleterre. Il serait ici trop long de reprendre l’article de Felicity Armstrong (université de Londres) mais je veux tirer de son propos ce qui m’a le plus interrogé. Dès 1981, les catégories existantes de handicaps, définies sur la bases de critères médicaux, sont remplacées par celui de ” special needs “. La population qui relève de ce concept passe alors de 2% à 20 % Elle englobe alors des élèves scolarisés dans des écoles spécialisées et des élèves en difficultés d’apprentissage. F. Armstrong note ” étant donné l’accueil en écoles ordinaires des enfants ayant des besoins éducatifs particuliers une autre contradiction apparaissait alors avec le maintien des structures ségrégatives… “.On encouragea alors par des mesures législatives l’intégration de ces élèves dans les écoles ordinaires.
Pendant le même temps ” les gouvernements successifs, d’abord conservateurs, puis néo-travaillistes, imposèrent et imposent encore aujourd’hui aux écoles des demandes de plus en plus pressantes, renforcées par des menaces financières et administratives, pour relever le niveau de leurs résultats aux examens nationaux. Cette politique s’est développée à travers des lois et des documents officiels qui ont introduit parallèlement la publication des résultats de l’évaluation officielle de chaque école. On a donc encouragé la compétition entre les écoles et celle des élèves. Les écoles qu’on considère alors comme étant en échec sont soumises à des mesures spéciales par le gouvernement et sont obligées d’effectuer très rapidement des changements importants dans leur organisation pour améliorer leurs résultats. La conséquence de cette situation est que de nombreuses écoles sont maintenant encore plus réticentes qu’auparavant à inscrire les élèves peu performants. De plus, beaucoup d’écoles font aujourd’hui exclure tout élève qui dérange le fonctionnement de l’institution. Certaines écoles ont cessé leurs activités, d’autres se sont transformées en des sortes d’écoles spécialisées dans la prise en charge de difficultés dont beaucoup d’écoles ordinaires n’accepteraient plus les élèves. Il en résulte une certaine confusion et pas mal de contradictions entre la volonté affichée dans les textes et les pratiques de terrain “. Le gouvernement actuel a donc été obligé de modifier les textes et si le principe de l’école pour tous est réaffirmé, il insiste également pour que les écoles spécialisées continuent à jouer un rôle important.
L’auteur note par ailleurs que des disparités très importantes existent en fonctions ” des lieux et des pressions locales “.
Il serait trop long de détailler les difficultés rencontrées par les autres pays cités dans la revue. Simplement, un constat semble s’imposer: une politique des besoins éducatifs réussie passe nécessairement par une augmentation importante des moyens consacrés. Or dans tous les pays d’Europe les politiques libérales conduisent à l’inverse.
En conclusion, comme en 2000 dans un livre blanc sur l’AIS dans le Calvados, nous pourrions affirmer que ” futur était porteur de dangereuses régressions. Lorsque nous faisions le bilan des évolutions en cours nous observions que :
- Dans tous les secteurs, on assiste à une diminution des postes spécialisés, qui accompagne une fermeture progressive et continue des structures scolaires spécialisées dans les établissements.
- L’intégration coûte que coûte des élèves handicapés dans l’école ordinaire sans moyens supplémentaires conduit à des situations de tension entre les familles et l’école, d’autant plus regrettables qu’une intégration préparée et réussie est source de satisfaction pour tous.
- Que dire de ces enfants perturbés et perturbateurs qui rendent la vie impossible aux enseignants et aux élèves de leur classe. Rien n’est réellement prévu pour les accueillir et la déscolarisation ne peut être une réelle solution.
- Dans de trop nombreux cas, les orientations prononcées par les CCPE ne sont pas suivies d’effet, faute de place dans les établissements concernés. “.
En fin de compte, l’introduction du concept de besoins éducatifs particuliers peut conduire avec la disparition ou la diminution des RASED et des CLIS à faire porter sur les seuls enseignants le poids de l’inclusion individuelle de ces élèves dans l’école. Et elle conduirait aussi paradoxalement à une médicalisation plus grande de l’échec scolaire -les CMP, CMPP, les orthophonistes… sont déjà “débordés” de travail- et nous savons tous qu’avec les réformes de la sécu seules les familles les plus favorisées pourront bénéficier de ces aides. D’une certaine manière l’Education peut être plus nationale externaliserait une partie de ces coûts.
Jean-Michel Gualbert
(Ensemble n°24)

"l faut éviter le fléchage des crédits et augmenter la déconcentration de la gestion, notamment en matière de personnel" (commission des finances à l'Assemblée, 14 mars 2006)
):

Mouvement de mai-juin 2003 sur les retraites
Congrès de Seignosse du SNUipp, juin 2004
...à Caen...
... et à Nice.




19 janvier 2008 à 18:18
Y-a-t-il une grille clairement établie pour définir les besoins éducatifs particuliers d’un élève ?