Les langues vivantes à l’école primaire

Le Plan Langues Vivantes à l’école avait été présenté par Jack Lang en 2000 comme un plan novateur et ambitieux qui devait permettre aux enfants de nos école de maîtriser deux langues en sortant du collège. L’introduction de ce plan s’est faite dès le début dans des conditions très inégalitaires, précipitées, qui nous avaient donné l’impression de “bricolage” plus que “d’ambition”. Depuis, plusieurs mesures ont été prises pour accélérer l’introduction des langues vivantes à l’école : recrutement massif d’intervenants extérieurs au statut précaire, politique incohérente d’habilitation des enseignants, fléchage de postes offerts au mouvement. Ces mesures impliquent de tels conséquences dans la vie des écoles que l’on peut se demander si l’on a tenu compte, à un moment ou à un autre, de l’intérêt des élèves.

Le recrutement d’intervenants extérieurs

Par un arrêté du 16-07-2001 les Inspecteurs d’Académie reçoivent une “Délégation permanente de pouvoirs pour recruter par contrat des intervenants pour l’enseignement des langues à l’école primaire ” - auparavant, le recrutement d’intervenants extérieurs étaient limité -. Cette décision présentée comme une mesure transitoire destinée à mettre en oeuvre le plan d’apprentissage des langues, amorce une transformation dangereuse de l’école. Elle ouvre la porte à une véritable sous-traitance des enseignements à n’importe quelle catégorie de personnels au statut précaire et sans formation. Le Ministère confie une tache d’enseignement à des agents recrutés sans formation spécifique, et, comme pour rassurer les parents d’élèves laisse au maître de la classe toute la responsabilité pédagogique des séances : La circulaire du 18-10-2001 qui fixe les modalités d’intervention de ces personnels précise : “L’agent contractuel pour l’enseignement des langues (…) respecte les orientations pédagogiques définies par le ministère de l’Education Nationale pour la langue qu’il enseigne. Afin que la cohérence des apprentissages soient assurée, il coordonne son action avec celle de l’enseignant responsable de la classe, et donc de l’organisation et de la mise en oeuvre de l’ensemble des activités. ” Comment les contractuels pourront-ils respecter des “orientations pédagogiques” s’ils n’ont reçu aucune formation ? L’enseignant reste responsable de la classe. Mais comment peut-il être garant d’un enseignement ainsi sous-traité ? Quand se coordonneront le maître et le contractuel ? L’acte d’enseigner peut-il être divisé entre deux personnes, l’une experte en langue et l’autre en pédagogie ?

La mise en place d’une politique d’habilitation (circulaire 29-10-2001 Habilitation des personnels chargés de l’enseignement des langues vivantes à l’école primaire )

A défaut d’harmoniser la formation et le type de personnel à qui il confie l’enseignement des langues, le ministère a décidé d’harmoniser la procédure d’habilitation des personnels. Les collègues qui souhaitent enseigner les langues vivantes doivent obligatoirement avoir une habilitation récente. Dans les faits, les personnes sont recrutées avec des niveaux d’exigences différents, suivant le département, le moment ou le jury. Et les nombreux collègues qui enseignent les langues vivantes depuis longtemps, qui ont suivi une formation continue, ont été inspectés dans des séances de langue, qui sont parfois “maîtres ressources langue vivante”, à qui l’on envoie les stagiaires se retrouvent contraints par cette circulaire à repasser l’habilitation… Ces maîtres estiment que ce n’est pas reconnaître leur travail et leurs compétences et refusent, à juste titre, de se soumettre à une nouvelle procédure d’habilitation. Certains préfèrent cesser l’enseignement des langues vivantes. Le Ministère, en refusant de leur accorder automatiquement l’habilitation prive les élèves des maîtres les plus expérimentés dans ce domaine. L’habilitation pose un autre problème : un collègue habilité peut-il se retrouver contraint d’enseigner les langues vivantes et de décloisonner ? Ne se retrouvera-t-il pas, à terme, contraint d’occuper un poste fléché langues vivantes ? Dans la circulaire de rentrée 2002, il est déjà prévu : “Tous les maîtres sortant des IUFM et ayant reçu une formation en langue , en particulier ceux qui ont suivi une dominante Langues, seront sollicités pour mettre leur compétence à profit en fonction des besoins locaux.” Les personnels habilités risquent d’être de plus en plus “sollicités” à cause des postes fléchés “Langue vivante” et de l’extension progressive des langues à tous les niveaux.

Les postes fléchés

Le Plan Langues vivantes, véritable cheval de Troie de nos ministres a permis la création d’un nouveau type de postes : les postes fléchés. Ces postes sont apparus jusqu’à présent en nombre plus ou moins grand suivant les départements, ils sont attribués à titre définitif ou provisoire. L’absence d’une politique nationale déterminée et organisée contre ce type de postes a favorisé des avancées différentes suivant les départements. Ces postes sont attribués avec priorité aux collègues qui ont l’habilitation langue vivante. Les collègues s’engagent à enseigner les langues vivantes dans leur classe et dans celles de leurs collègues. Ces postes seront vraisemblablement accrus : “Afin de réduire le nombre important d’enseignants habilités n’utilisant pas leur compétences linguistiques, le recours au “profilage” de certains postes, en liaison avec la carte des langues et après concertation avec les représentants des personnels, doit être accru, le fléchage des postes ayant un caractère temporaire lié aux besoins dans la période actuelle“. ( BO N°16 du 18 avril 2002 - préparation de la rentrée 2002 )
Sur un plan pratique et pédagogique, ce dispositif pose de nombreux problèmes : les décloisonnements ne sont désormais plus basés sur le volontariat, mais sont contraints. On assiste à un défilé d’enseignants sur la classe du collègue habilité sans temps de concertation, les déplacements répétés occasionnent une perte de temps, le dispositif s’arrête dès qu’un des maîtres est absent, il n’y pas de remplaçant “poste fléché”, les pressions sur les collègues pour les faire changer de niveau de classes sont fréquentes, on s’oriente vers le tout anglais, etc…
Certes, on confie enfin l’enseignement des langues à des maîtres du premier degré formés, mais ces maîtres, sur des postes normaux, enseigneraient aussi les langues à leurs élèves, décloisonneraient peut-être aussi dans des conditions certainement plus raisonnables et plus profitables aux élèves.

Les postes fléchés remettent en cause l’égalité de mouvement des enseignants.

Seuls les collègues qui ont l’habilitation langue vivante ont désormais accès à tous les postes. Pour le reste des personnels du premier degré cela réduit le nombre de postes au mouvement et donc une liberté de choix et d’évolution de la carrière. Les postes fléchés sont une menace réelle à l’unité de notre profession. Or, Le rapport de l’IGEN de juillet 2002 sur les langues vivantes à l’école primaire se conclut ainsi : “Des écoles dans lesquelles il apparaît possible de diversifier l’offre des langues en cohérence avec le collège pourront être identifiées et le mouvement des enseignants de l’école primaire adapté….” Le SNUipp doit combattre au plan national ces postes fléchés , et ne pas laisser les écoles boycotter seules ce dispositif. Faute de réaction d’autres postes fléchés apparaîtront (Arts plastiques, EPS, Musique…), transformant vite nos écoles en mini-collèges. Nous offrant alors un bel exemple du “plus de maîtres que de classes” et du “travail en équipe contraint ” …

Depuis longtemps, les rapports d’experts, travaux de chercheurs, enquêtes sur l’apprentissage précoce des langues publiés par le Ministère de l’Education posent les conditions nécessaires à la réussite de cet enseignement (Il ne s’agit ni d’intervenants extérieurs recrutés sans formation, ni de postes fléchés.) et soulignent les carences des plans précédents (manque de moyens et de formation). Pourtant, la mise en place de l’apprentissage des langues à l’école s’est faite, à moindre coût, dans des conditions inégalitaires pour les élèves, en dépit de l’intérêt des enfants et de cet apprentissage, et en attaquant (au passage?) les acquis de notre profession.

Katia Calderer

[Ensemble n°14, février 2003]

2 Réponses vers «Les langues vivantes à l’école primaire»

  1. bringout françoise à dit:

    Mesure de carte scolaire à la prochaine rentrée. La dernière personne arrivée sur l’école occupe le poste fléché.Qui doit partir?

  2. lucien à dit:

    Voir avec la section départementale: snuXX@snuipp.fr en remplaçant XX par votre n° de département.

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