De l’ “islamophobie”

De l’ ” islamophobie “

Lors du dernier conseil national un mot a été utilisé pour la première fois dans nos instances, un mot qui mérite qu’on s’y arrête tant il semble chargé de sous-entendus non désintéressés : ” islamophobe “. Quand anti-islamistes et anti-voile à l’école (quand ce n’est pas laïques tout simplement) sont qualifiés ” islamophobes “, est-ce à dire anti-islamisme, anti-islam, voire sous-entendre anti-musulman, anti-arabes, racistes ?

C’est sur ce genre de problème que le M.R.A.P. s’est ainsi récemment divisé. Face à une orientation qu’il vit comme une “dérive”, Gérard Kerforn et quatre autres figures du mouvement ont rédigé une motion réclamant que le MRAP “décide de ne plus faire de l’islamophobie un axe spécifique d’intervention”. “Ce terme conduit à une impasse. L’islamophobie, c’est la peur de l’islam. Ce n’est pas la vocation d’une organisation antiraciste de redonner confiance à l’islam”, s’emporte M. Kerforn. Une vision partagée par Pierre Mairat, président délégué et avocat de l’association : “Il faut se garder de cette grille de lecture trop communautariste. Nous ne sommes pas là pour défendre la religion.”

De toutes façons, ne peut-on pas considérer que la critique des religions n’est pas un délit mais un droit. L’ “islamophobie ” est d’abord un terme inventé par tous ceux qui fustigent toute critique de la religion musulmane. Sur ce point nous renvoyons évidemment aux livres de Caroline Fourest : Tirs croisés (en 2003 avec Fiammetta Venner) et Frère Tariq : discours, stratégie et méthode de Tariq Ramadan (2004). Tout(e) camarade qui serait tenté de recourir au terme ” islamophobe ” pour casser du laïque devrait impérativement lire ces deux livres :

” Le mot “islamophobie” a une histoire, qu’il vaut mieux connaître avant de l’utiliser à la légère. Il a été utilisé en 1979, par les mollahs iraniens [1] qui souhaitaient faire passer les femmes qui refusaient de porter le voile pour de “mauvaises musulmanes” en les accusant d’être “islamophobes”. Il a été réactivité au lendemain de l’affaire Rushdie “.

Certains musulmans sont même accusés d’ ” islamophobie ” parce qu’ils dénoncent l’intégrisme et défendent la laïcité de l’école… C’est une grande manipulation et mystification qui est en cours car pour nous la liberté religieuse n’est pas en cause, tout individu a droit d’avoir une religion, d’en changer, d’être athée ou agnostique (la laïcité n’étant pas exclusivement réservée à ces derniers).

Les citoyens croyants (chrétiens, juifs et musulmans) sont d’ailleurs laïques dans leur très grande majorité, ils défendent la séparation de la sphère publique et la sphère privée et considèrent que les droits de l’homme et l’égalité entre l’homme et la femme sont inaliénables et inamendables et qu’aucun précepte communautariste ne doit prévaloir.

Si certains peuvent critiquer les religions, notre ennemie, ce n’est pas telle ou telle religion mais l’intégrisme, quelle que soit son obédience : qu’il soit chrétien, juif ou musulman.

J.-F. C. & S. J.

Extrait d’Ensemble n°37

Note

[1] Lire d’ailleurs les analyses du communiste iranien Mansoor Hekmat (décédé en 2002) sur l’islamisme et la laïcité sur http://marxists.org/francais/hekmat/index.htm

Note additive

Rumy Hassan, dans un article de juillet 2003 traduit par Ni patrie ni frontières, nous dit ceci:

“Le terme d’ « islamophobie » est apparemment né en Grande-Bretagne durant l’affaire Rushdie à la fin des années 80. Les fondamentalistes musulmans voulaient ainsi tenter de réduire au silence des critiques comme Salman Rushdie et ceux qui soutenaient son droit à la libre expression. Les intégristes prétendaient que seule l’ « islamophobie » de l’État et de la société britanniques permettait que ses écrits restent impunis. L’implication était claire : toute critique de l’Islam était assimilée à de l’ « islamophobie » et donc interdite. Les militants progressistes ne peuvent et ne doivent pas accepter un tel chantage.” [“Islamophobie” et alliances électorales en Grande-Bretagne, Rumy Hasan]

Voir aussi:

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