Décharges syndicales nationales

Cette tribune parue dans le bulletin Ensemble n°44 (14 décembre 2005) et dans la Lettre du SNUipp n°332 a entraîné la publication immédiate d’un tableau récapitulatif des quotités de décharge de l’équipe nationale du SNUipp.

DECHARGES SYNDICALES NATIONALES

Fais ce que je dis, pas ce que je fais

Un permanent, c’est un militant syndical totalement déchargé de son activité professionnelle pour se consacrer entièrement à la lutte syndicale. Il y a des camarades qui sont ainsi prêts à faire le sacrifice d’une carrière, à quitter l’usine ou l’école pour s’engager complètement dans l’action. Il faut saluer ces camarades courageux et déterminés.

Mais, c’est un problème connu, il arrive que certains y prennent goût, et aient un peu de mal à retourner au charbon une fois leur mandat terminé. Certains, devenus accros de la décharge syndicale, peinent à renoncer au petit privilège d’échapper au sort commun des collègues qu’ils sont censés défendre. C’est un phénomène tellement ancien que déjà dans la Rome antique on rendait hommage au général Cincinnatus qui, après avoir mis l’ennemi en déroute, n’avait pas cherché à se maintenir au pouvoir et était retourné à son champ et à sa charrue.

Plus près de nous, tous ceux qui ont connu le SNI et la FEN savent comment l’utilisation des décharges syndicales a été un puissant moyen de bureaucratisation de l’organisation syndicale. En s’appuyant sur des personnalités arrivistes et carriéristes, une tendance avait concentré entre ses mains l’essentiel des pouvoirs de l’organisation, et les décharges syndicales n’ étaient attribuées qu’aux militants ayant fait allégeance.

Cooptation et copinage étaient devenus les moyens de contrôle de l’appareil syndical entre les mains d’une petite bande politique et bureaucratisée, avec pour conséquence la démocratie syndicale bafouée, au détriment des intérêts des collègues et des revendications de la profession.

Cette bureaucratisation a été poussé à un tel point que la FEN a éclaté, et que le SNUipp et la FSU ont été créés. C’est pour éviter de telles dérives que dans les statuts du SNUipp il a été clairement précisé que “la rupture avec un syndicalisme de sommet et l’expérimentation de nouvelles formes de démocratie constituent un autre grand pôle de notre nouveau fonctionnement” (article 1 des statuts du SNUipp) et que “un contact réel avec l’activité professionnelle ne doit être rompu que pendant un temps limité. Les décharges à temps plein ne devraient être attribuées que pour une période n’excédant pas deux mandats consécutifs. Dans tous les cas, l’attribution d’une décharge complète ne doit pas excéder trois mandats consécutifs” (article 24 des statuts du SNUipp).

Certaines sections sont allées encore plus loin précisant que: “les élus départementaux ne sont en aucun cas des professionnels du syndicalisme. Les décharges syndicales ne peuvent être supérieures à un demi-service. Les responsabilités syndicales ouvrant droit à une décharge de travail ne pourront être cumulables ni exercées pendant plus de trois années consécutives.” (article 17 des statuts du SNUipp 47).

Mais les statuts ne sont pas tout, ce qui compte c’est la façon dont ils sont appliqués. Malheureusement, la vigilance des origines du SNUipp s’émousse peu à peu, et les anciennes dérives réapparaissent. Ainsi lors de la validation en Conseil National (CN), cet été, des missions nationales (décharges prises sur le quota dévolu à l’équipe nationale pour compléter les secteurs : Fenêtres sur cours, informatique, etc…) une section avait demandé qu’on communique non seulement les noms retenus mais aussi les volumes de décharges attribués à chacun. En vain. Une autre section (le SNUipp de Haute-Garonne) a demandé cet été à la direction nationale du SNUipp ” que soit mené nationalement dans le syndicat le débat au sujet des décharges complètes et non limitées dans le temps dont bénéficient quelques camarades, et ceci quel que soit leur montage “. Pas de réponse.

Stéphane Julien, secrétaire national pour le courant critique “Ensemble” (4% aux dernières élections internes du SNUipp) avait publié sur son site la motion du SNUipp de Haute Garonne. Cela a dû déplaire en haut lieu, puisque que Stéphane Julien vient d’apprendre par l’administration que son temps de décharge a été ramené de 6h45 à 6h00 par semaine. Comment être à la fois secrétaire national à Paris, être porte-parole d’une tendance nationale, travailler à l’école à 78% dans le Calvados et n’être déchargé qu’à 22% ? Manifestement certains se préoccupent que Stéphane Julien reste en contact étroit avec la réalité du terrain, de la classe, des collègues…

Suite à cette sanction à peine déguisée contre le courant Ensemble, nous avons eu la curiosité de savoir comment les autres secrétaires nationaux étaient déchargés, combien de temps de décharge était attribué au total aux autres tendances majoritaires UA et EE, et selon quels critères. Là encore, notre demande n’a reçu pour toute réponse qu’un silence embarrassé. En matière de décharges syndicales, la direction nationale du SNUipp n’a qu’un mot d’ordre: circulez, il n’y a rien à voir.

Pascal Seppecher

Une réponse vers «Décharges syndicales nationales»

  1. militante à dit:

    Moi je ne comprend pas que des réunions de tendance aient lieu sur le temps de décharge syndicale. Exemple: le prochain “séminaire” Unité/Action se tient lundi 3 décembre 2007, de 14h à 18h dans les locaux du SNUipp rue Cabanis.

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