Scolarisation des enfants autistes: l’avis du Conseil National d’Ethique
Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) vient de rendre son avis sur la situation en France faites aux autistes. Le Figaro (ici) et le Monde (ici) insistent sur le caractère “fictif” de l’effort de scolarisation de ces enfants, malgré la loi de 2005 instituant l’obligation d’inscription des enfants handicapés.
Scolarisation “fictive” ? Encore une fois l’école, les enseignants sont mis en accusation. Tous les collègues qui se heurtent chaque jour aux conséquences très réelles de cette loi dans leurs classes, dans leurs écoles, jusqu’à parfois tomber dans la dépression, apprécieront.
J’ai cependant eu la curiosité d’aller voir plus loin que les comptes rendus de la presse nationale et j’ai lu l’avis du CCNE (télécharger). C’est passionnant.
En particulier, pour ce qui nous concerne :
La France a été condamnée par le Conseil de l’Europe en 2004 pour non respect de ses obligations d’accès à l’éducation à l’égard des enfants souffrant d’autisme, mais cela n’a pas encore entraîné de changement significatif dans la prise en charge éducative de ces enfants.
En effet, depuis la loi la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, l’inscription à l’école des enfants souffrant de handicap est devenue obligatoire. Mais, malgré la création de Classes d’intégration scolaires (CLIS) dans l’enseignement primaire et d’Unités pédagogiques d’intégration (UIP) dans l’enseignement secondaire, et la création de postes d’Auxiliaires de vie scolaire (AVS), cette inscription à l’école demeure encore trop souvent, en raison d’un manque d’enseignants et d’auxiliaires de vie scolaire formés, la seule manifestation d’une scolarisation fictive, traduisant une tendance dans notre pays à penser que la reconnaissance symbolique d’un droit peut tenir lieu de substitut à un accès réel à ce droit.
Voilà ce que veut dire le CCNE par scolarisation “fictive” !
Effectivement, quand on inscrit un enfant handicapé a priori, sans que soient examinées les conditions, la possibilité même de sa scolarisation dans des conditions normales, cette scolarisation est fictive.
Effectivement, cette loi ne s’occupe du symbolique, mais place les enfants et les enseignants dans des conditions concrètes insupportables.
Effectivement, l’ajout d’AVS n’a d’autre fonction que d’essayer de rendre cette pseudo scolarisation a un peu moins insupportable.
Quel dommage que ce ne soit pas notre syndicat qui ait le courage de dire cela !
Que faudrait-il alors pour permettre une scolarisation effective des enfants autistes dans les classes ? Le CCNE apporte la réponse :
Dans des pays européens aussi différents que la Suède et l’Italie, ce droit à l’éducation des enfants souffrant de handicap s’est ancré dans la réalité. A titre d’exemple, en Italie, lorsqu’un enfant souffrant de handicap intellectuel ou de communication est inscrit et accueilli dans une classe, l’effectif de la classe est automatiquement divisé par deux, et l’enseignant se voit adjoindre un deuxième enseignant spécialisé.
C’est exactement le contraire de la démarche instituée par la loi française sur le handicap.
La scolarisation effective des enfants handicapés passe par la reconnaissance réelle de leur handicap, c’est à dire par le fait de donner A PRIORI à l’institution scolaire les moyens matériels et humains (en nombre d’agents mais aussi en formation et spécialisation) pour les accueillir. La loi française, au contraire, pourrie de démagogie et de bons sentiments leurre les parents en leur faisant croire que la scolarisation ordinaire de leur enfant est possible. Ce faisant, comme le souligne le rapport, elle place enfants et personnels dans une situation d’échec et de découragement qui relève de la maltraitance.
Pascal Seppecher
Le témoignage d’un collègue
Je suis en effet confronté moi aussi comme mes collègues référents à cette difficulté, ou plutôt à cette hypocrisie!! A juste titre, les parents de ces enfants, qui entendent régulièrement les discours et la propagande de nos ministres à ce propos, souhaitent un temps de scolarisation sinon complet du moins plus conséquent que ce que l’école est en mesure de leur proposer. Les enseignants font preuve d’une bonne volonté frisant l’exploit et un dévouement au-delà de ce qui est imaginable pour parvenir à accueillir dans les conditions les moins mauvaises possibles ces enfants handicapés. Mais les difficultés auxquelles ils sont confrontés sont de tous ordres:-manque évident et de plus en plus criant d’AVS: ceux-ci constituent déjà des personnels très insuffisamment formés(et c’est un euphémisme!) et avec un statut plus que précaire qui fait que il arrive très souvent en cours d’année que ces personnes ,ayant trouvé un autre travail ou formation,quittent leur emploi, aggravant ainsi sans qu’ils en soient en rien responsables, les conditions d’accueil des handicapés. De plus en plus fréquemment aussi, les AVS sont remplacés, faute de recrutement de ceux-ci (certainement déjà trop coûteux!!) par des personnels encore moins qualifiés et encore plus précarisés: EVS, CAV……….. qui constituent même parfois plus une charge pour les enseignants qu’une véritable aide!-le soutien de nos supérieurs hiérarchiques (IEN de circonscription souvent) se révèle parfois… chancelant face aux demandes pressantes de parents très motivés qui vont voir ces IEN pour les sommer de leur trouver une solution: ceux-ci répercutent alors cette pression en obligeant les écoles à accueillir l’enfant handicapé dans n’importe quelles conditions afin de “satisfaire” la famille. J’ajoute que quelquefois aussi ce sont des élus locaux (maires,conseillers généraux,députés…) alertés par ces familles, qui exercent également des pressions inadmissibles alors que ce sont souvent eux qui, de par leur responsabilité d’élus, ont voté des budgets largement insuffisants pour un bon accueil de ces enfants à l’école!!- envoi en stage de spécialisation insuffisant d’instituteurs pour accueillir les élèves handicapés. Il faudrait d’ailleurs remettre sur le tapis la question de cette formation dite en alternance qui se traduit souvent par le remplacement de l’enseignant en place sur une CLIS ou une UPI( pour suivre sa formation de quelques semaines plusieurs dans l’année scolaire) par un collègue TR non formé bien entendu mais aussi moins motivé sur ce type de classe. La formation sur une année complète en stage évitait tous ces inconvénients et permettait surtout une bien meilleure formation.-j’ose à peine évoquer le manque de postes de référents ( dans mon département, à titre d’exemple, chaque référent traite entre 250 et 300 dossiers par an!) et de personnels dans les MDPH, situation qui ne fait qu’accentuer les délais de prise en compte des demandes d’aide à la scolarisation des enfants handicapés. On en demande d’ailleurs de plus en plus aux référents à qui on essaie d’expliquer, en tous cas dans mon département, que ce sont des personnels assimilés aux personnels administratifs des inspections académiques soumis donc aux obligations de ceux-ci en terme de durée du travail par exemple( plus d’heures par semaine et moins de vacances) alors que les textes n’y font aucune allusion et qu’ils précisent au contraire que les référents sont des instituteurs spécialisés, un point c’est tout!Voir aussi:
- La loi du 11 février 2005: Chronique d’un foutoir annoncé (M.B. & S.J., Ensemble n°44, décembre 2005)
- Compte-rendu d’une réunion d’info syndicale avec les maîtres référents (SNUipp 54 infos, décembre 2006)
- Les emplois vie scolaire (EVS): un exemple de précarité dans les écoles primaires (S. Julien, Syndicalisme de lutte, le site Ensemble-PSL, février 2007)
- Grève et rassemblement d’AVS à Clermont-Ferrand le 15-11-07 (Syndicalisme de lutte, le site Ensemble-PSL, novembre 2007)
- Le “guide” du ministère pour la scolarisation des enfants et des adolescents handicapés (avec les directives et les dispositions règlementaires liées à l’application de la loi du 11 février 2005).
- Le “guide pratique” du SNUipp





"l faut éviter le fléchage des crédits et augmenter la déconcentration de la gestion, notamment en matière de personnel" (commission des finances à l'Assemblée, 14 mars 2006)
):
Mouvement de mai-juin 2003 sur les retraites
Congrès de Seignosse du SNUipp, juin 2004
...à Caen...
... et à Nice.




17 décembre 2007 à 16:21
[...] Scolarisation des enfants autistes: l’avis du Conseil National d’Ethique [...]
19 janvier 2008 à 11:17
L’éducation nationale propose des modules de formation à l’ http://www.inshea.fr de Suresnes, essentiellement en direction des de directeurs d’établissements (Segpa, Erea, Etablissements médico-sociaux).