Publication annoncée des évaluations CE1 et CM2

Les évaluations rendues publiques en même temps que la carte scolaire est supprimée: voilà de quoi donner un coup d’accélérateur à la mise en concurrence des écoles publiques.

Dépêche AFP du mercredi 19 décembre 2007 :

Publication des résultats de chaque école: FCPE et SNUipp-FSU s’insurgent

Les parents d’élèves FCPE et les enseignants du SNUipp-FSU (majoritaire) ont protesté mardi contre l’annonce la semaine dernière par Xavier Darcos de la publication “par école” des résultats de leurs élèves aux évaluations nationales.

Les résultats des “deux évaluations nationales témoins” censées “mesurer les acquis des élèves au CE1 et au CM2″ seront organisées en fin d’année à partir de la rentrée 2009, a assuré le ministre de l’Education lors d’une conférence de presse le 11 décembre.

Il a précisé que les résultats de ces évaluations seraient “rendus publics école par école”, laissant entendre que les parents pourraient se forger leur propre opinion sur le niveau de l’école de leur enfant, par rapport à une autre école.

On est favorables à ce que les résultats des enfants soient communiqués aux parents mais pas du tout à un palmarès des écoles comme il existe un palmarès des lycées“, a protesté auprès de l’AFP Gilles Moindrot, secrétaire général du SNUipp-FSU.

Pour lui, l’école primaire et le collège, c’est-à-dire la partie obligatoire de la scolarité “doit être à l’abri de cela“.

Si on affiche que dans une école 70% des élèves maîtrisent telle ou telle compétence, on peut imaginer un palmarès dans les journaux locaux“, a-t-il prévenu, jugeant l’opération “contre-productive pour le climat de confiance qui doit exister entre enseignants et parents“.
De plus, a-t-il argumenté, “on ne peut rien en conclure car il est très difficile d’isoler un facteur de réussite“.
Dans un communiqué, la FCPE a estimé que “la compétition entre établissements n’a pas sa place dans l’Education nationale“.
Elle a rapproché cette idée de l’annonce par M. Darcos le même jour que toutes les demandes de dérogations à la carte scolaire seraient acceptées à la rentrée, “dès lors qu’il y aura de la place dans l’établissement souhaité“.
Il est à craindre que les équipes pédagogiques ne s’organisent pour “trier” leurs élèves et avoir de +bons résultats+ afin de mieux s’attirer les “bons élèves” “, a déploré la fédération de parents d’élèves.

Communiqué de la FCPE:

La FCPE s’oppose à la publication sur internet du palmarès des écoles primaires : ce ne sont pas les bons élèves qui font les bonnes écoles - 18 décembre 2007 :

La FCPE s’oppose à la publication sur internet, annoncée par le ministre, des résultats des élèves aux évaluations nationales en CE1 et CM2 dès 2009. Elle regrette que disparaisse ainsi l’objectif premier des évaluations, qui était de détecter les difficultés des élèves pour y apporter des remèdes, au profit d’un jugement de valeur sur le niveau atteint.
La FCPE s’oppose à la publication sur internet, annoncée par le ministre, des résultats des élèves aux évaluations nationales en CE1 et CM2 dès 2009. Elle regrette que disparaisse ainsi l’objectif premier des évaluations, qui était de détecter les difficultés des élèves pour y apporter des remèdes, au profit d’un jugement de valeur sur le niveau atteint.
Pour la FCPE, les résultats synthétiques des évaluations doivent être analysés au sein des écoles et discutés en conseil d’école pour élaborer et ensuite modifier le projet d’école.
Une chose est de transmettre aux familles les résultats de leurs enfants, une autre est de rendre consultables par tous sur internet les résultats d’une école.
La FCPE s’interroge sur les raisons qui motivent cette décision. Qu’apporte concrètement une telle mesure au service public d’éducation à part la mise en concurrence des établissements scolaires ? La compétition entre établissements n’a pas sa place dans l’Education nationale !
Comment interpréter cette mesure au regard de la suppression de la sectorisation ? Il est à craindre que les équipes pédagogiques ne s’organisent pour « trier » leurs élèves et avoir de « bons résultats » afin de mieux s’attirer les « bons élèves ».
Pour la FCPE, il serait plus profitable que, dans les écoles, plus de temps soit pris pour exposer individuellement aux familles les résultats de ces évaluations, plutôt que d’avoir recours à une information de masse qui laisse libre cours aux interprétations erronées et abusives.

Contact presse FCPE : Laurence Guillermou, tel 01 43 57 16 16

Mise à jour de la revue de presse

Les syndicats craignent une mise en concurrence des écoles primaires

LE MONDE | 20.12.07

Les écoles primaires seront-elles mises en concurrence comme le sont chaque année les lycées, à travers la publication des résultats du bac par établissements ? C’est ce que redoutent désormais les syndicats d’enseignants.

Dans un premier temps, le ministre de l’éducation, Xavier Darcos, avait seulement affiché sa volonté de renforcer l’évaluation des résultats des élèves en primaire. En modifiant, dès la prochaine année scolaire, les deux “évaluations nationales” : des tests, que passent tous les élèves de CE1 et de CM2, qui servent de points de repère aux enseignants et à l’administration et nourrissent les statistiques de l’éducation nationale. En précisant, le 11 décembre, que ces résultats “seront rendus publics école par école dès la rentrée 2009“, le ministre a pris le risque de réveiller l’hypersensibilité des enseignants sur ce thème.

Favorables à l’évaluation comme outil pour “enseigner le mieux possible” et à la transmission aux familles des résultats détaillés, les syndicalistes jugent l’idée du ministre “inquiétante” et réclament des “discussions sérieuses”.

Si cette idée de publication devait être maintenue, ce serait un motif de conflit très lourd“, commente Gilles Moindrot, secrétaire général du SNUipp-FSU, syndicat majoritaire des professeurs des écoles, qui voit déjà se profiler la publication de “palmarès” des écoles primaires et leur “mise en concurrence”. Même réaction au SE-UNSA, dont le secrétaire général, Luc Bérille, estime que la publicité des résultats ferait entrer les écoles “dans une logique de marché“. Sur un plan technique, les deux syndicats soulignent les “effets pervers” possibles : par exemple que des enseignants ou des écoles “jouent le chiffre” au détriment du reste, ou que des réputations bonnes ou mauvaises s’établissent sur des biais statistiques insignifiants. L’entourage de M. Darcos souligne que “la mesure des résultats est un acte professionnel et non un jugement moral“.

Lancées en 1989 sous le ministère de Lionel Jospin, les évaluations nationales, d’abord placées en début de CE2 et de 6e, étaient devenues “des outils appréciés“, de l’avis des syndicalistes. Le ministre Gilles de Robien, en 2005, a avancé vers le début du CE1 et du CM2 ces évaluations dites “diagnostiques”, c’est-à-dire qu’elles permettent de situer un élève ou une école par rapport à des moyennes locales, académiques ou nationales, mais ne sont pas focalisées sur un objectif à atteindre.

Les tests sont en cours de modification, pour les rendre compatibles avec le “socle commun des indispensables” voulu par la loi d’orientation Fillon et, justement, pour les centrer sur des objectifs préalablement fixés en matière de connaissances et de compétences. “Nous dirons : voilà ce que doit être un niveau CE1 ou CM2, et ce ne sera pas des demandes extravagantes“, indique l’entourage de M. Darcos.

Luc Cédelle
Article paru dans l’édition du 21.12.07

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