Suppression du samedi matin : volte-face du SNUipp

Le 18 janvier, à l’issue de la réunion au ministère pour la suppression du samedi matin, la direction du SNUipp laisse paraître sa satisfaction auprès de la presse (AFP) : un consensus est obtenu sur les principaux points, les collègues plébiscitent le dispositif dont le SNUipp parle déjà comme certain… Cinq jour plus tard, à la veille d’un mouvement de grève marqué par la tentative de mise en place d’un prétendu “service minimum”, le SNUipp retourne sa veste et annonce qu’il refusera de “valider” le projet ministériel (adresse au Ministre). Que s’est-il passé ?

Quelques jours avant la grève du 20 novembre 2007, le Ministre Darcos avait pu se targuer d’avoir obtenu du SNUipp la signature d’un protocole de discussion pour l’organisation de la suppression du samedi matin (Le Monde). Une telle concession au Ministre, à la veille d’une journée d’action nationale, était très mal passée auprès des militants et des adhérents du SNUipp, et la direction avait reçu une volée de protestations de la part des sections. Du coup, elle s’était sentie obligée de démentir avoir signé, se contentant d’un accord sur le principe. Mais la nuance était bien faible, et le mal était fait : d’autres syndicats s’engouffraient dans la brèche ouverte par le syndicat majoritaire, et le Ministre Darcos pouvait sereinement s’engager dans la mise en place du “moins d’école”.

Pourtant, la suppression du samedi matin est radicalement contraire aux mandats que la direction du SNUipp a reçus de ses adhérents :

  • d’une part, cette suppression signifie la réduction de la durée de la scolarité obligatoire de 72 heures par an pour 85% des élèves. Le SNUipp a pour mandat le maintien de la durée de la scolarité.
  • d’autre part, le ministre impose le maintien de la durée de service des enseignants à 27 heures par semaine. Le SNUipp a pour mandat la réduction du temps de service des enseignants des écoles pour un alignement vers le temps de service des enseignants des collèges et lycées.

En acceptant de discuter dans le cadre fixé par le Ministre, la direction du SNUipp n’envoyait pas seulement un signal démobilisateur aux grévistes du 20 novembre, elle prenait avec les mandats qui lui étaient confiés une liberté inacceptable. Nombre de sections n’ont pas manqué de la rappeler à l’ordre lors du Conseil National des 29 et 30 novembre, et, fait exceptionnel, des dissensions sont apparues dans l’union sacrée UA-EE (déclaration EE).

Néanmoins, la direction UA n’a rien modifié de sa ligne : préparer un accord avec le ministre sur le “moins d’école”. Les critiques lors du Conseil National lui avaient montré que la résistance des sections serait très forte. La direction a alors décidé de couper l’herbe sous le pied des sections rebelles en organisant elle-même la consultation de la profession sur la question. Selon les statuts du SNUipp, l’organisation d’une consultation aurait dû se faire par l’intermédaire des sections, des Conseils Syndicaux, des sous-sections, des assemblées générales d’adhérents. Redoutant qu’une telle consultation renforce les opposants, la direction UA a alors improvisé un sondage électronique direct. Les questions étaient formulées de telle façon que le résultat ne faisait guère de doute, et de toute façon son dépouillement échappait à tout contrôle démocratique.

Ainsi, le 18 janvier, à l’issue de la réunion au ministère, Gilles Moindrot, le secrétaire général du SNUipp, peut-il se targuer que “sur 10.000 retours, nous pouvons dire que 61% sont favorables ou très favorables à la suppression du samedi matin“. De plus “il ne s’agira pas forcément, pour les élèves en difficulté, de deux heures hebdomadaires. Cela pourra être moins, cela pourra ne pas être forcément pendant toute l’année scolaire. Ce sera variable, en fonction des besoins identifiés des élèves“. Enfin, Moindrot se félicite que “un quart des deux heures soit consacré au travail en équipe ou à la formation“. Il peut être content car “l’organisation collective du temps scolaire dégagé sera mise en oeuvre par le conseil des maîtres” (donc au niveau de chaque école) “et sera intégrée dans le projet d’école, validée par l’inspecteur“. Comment après cela les sections pourraient-elles encore s’opposer aux projets du ministère ?

Cette manoeuvre admirable vient pourtant d’échouer, et voilà la direction du SNUipp contrainte de changer son fusil d’épaule en catastrophe. La faute en revient au Ministre Darcos et à son “service minimum”. En incitant les mairies à organiser un service de garderie destiné à briser la grève du 24 janvier dans les écoles primaires, il a exaspéré les sections départementales du SNUipp et même les plus timorées ont compris que toutes les concessions faites à ce Ministre n’avaient eu d’autre effet que de l’encourager à aller plus loin dans ses attaques. La plupart des sections ont réalisé que leur crédibilité auprès des collègues et leur capacité de mobilisation risquaient d’être sérieusement affectées par les errements de la direction nationale.

Face au tollé provoqué par le prétendu “service minimum”, la direction du SNUipp ne pouvait plus poursuivre sa collaboration avec le Ministre Darcos sur la suppression du samedi matin. Restait à trouver un prétexte pour rompre la discussion. Dans son adresse au Ministre du 23 janvier, la direction du SNUipp déclare que “la réduction de deux heures d’enseignement pour tous les élèves, l’alourdissement de la journée scolaire pour certains ne peuvent résoudre les difficultés lourdes que rencontrent certains élèves (et que) le dispositif conduira à augmenter les inégalités entre les écoles et entre les personnels“. Pour tenter de sauver la face, elle conclut en ramenant encore une fois le 24+3, dans une formulation ambiguë qui laisse entendre que cette revendication pourrait constituer une réponse à l’attente des collègues d’un allégement de leur charge de travail. Pourtant, le débat sur la suppression du samedi matin a bien montré que le 24+3 était impossible à mettre en oeuvre sans réduire la durée de la scolarité obligatoire pour les élèves et sans imposer un allongement de la journée de travail pour les enseignants.

Manifestement, la direction du SNUipp n’a pas renoncé à ses lubies sur la transformation de l’école. Ne voit-elle pas que ces lubies sont exploitées par le Ministre pour parvenir à une transformation libérale de l’école ? La vigilance pour le respect des mandats et de la démocratie syndicale s’impose plus que jamais.

Pascal Seppecher

3 Réponses vers «Suppression du samedi matin : volte-face du SNUipp»

  1. lucien à dit:

    AFP 25-01-08:
    Snuipp-Fsu: arbitrage de Darcos sur l’organisation d’une semaine du primaire

    Xavier Darcos va présenter “en début de semaine prochaine” aux syndicats un document dans lequel il donnera “son arbitrage sur l’organisation de la semaine avec la suppression du samedi matin” dans le primaire, a affirmé vendredi à l’AFP le Snuipp-FSU.

    Le Snuipp-FSU (majoritaire dans le premier degré) participait vendredi à la dernière réunion, au ministère de l’Education, dans le cadre de la concertation engagée depuis novembre sur les conséquences de la suppression du samedi matin, annoncée par Xavier Darcos en octobre.

    Les deux heures hebdomadaires supprimées ne le seront pas pour les instituteurs, qui devront organiser du soutien pour les 15 % d’élèves les plus en difficulté.

    “Un document sera soumis en début de la semaine prochaine à l’avis des organisations syndicales”, a déclaré Gilles Moindrot, secrétaire général du Snuipp.

    “Ce sera la position du ministre, son arbitrage après les six réunions qui se sont déroulées sur ce thème”, a-t-il ajouté.

    Selon lui, vendredi “aucun consensus ne semblait se dessiner sur l’organisation du temps de travail des enseignants”.

    “Le ministère ne s’est engagé sur aucune proposition précise”. En particulier, “il ne s’est pas engagé sur notre demande de prévoir un temps pour le travail en équipe (sans élèves) pour mettre en oeuvre le dispositif d’aide aux élèves en difficulté. Il y a un désaccord fort sur cette question”, a-t-il constaté.

    Il a rappelé qu’il était acquis que “chaque école, à travers le conseil des maîtres, s’occupera du repérage des élèves en difficulté, des modalités d’aide et de leur évaluation”.

  2. Samedi matin : à propos de la consultation du SNUipp « ensemble à dit:

    [...] des manoeuvres engagées par la direction du SNUipp autour de la suppression du samedi matin (lire Suppression du samedi matin : la volte-face du SNUipp). Pour contrer les sections de plus en plus nombreuses qui exigeaient la [...]

  3. Samedi matin: Le SNUipp et le SGEN avaient demandé les discussions avec Darcos « ensemble à dit:

    [...] Suppression du samedi matin : volte-face du SNUipp (Ensemble, 24-01-200 8) [...]

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