Le rapport Pochard et l’école Primaire

Voilà enfin la version définitive du rapport Pochard. Un gros morceau qui mérite un examen attentif. Ce soir, nous montrerons que le rapport Pochard (contrairement à ce que syndicats et organes de presse avancent communément) s’attaque bel et bien à l’école primaire.
Le ministre s’est néanmoins inquiété que les fuites du pré-rapport la semaine dernière - qui a valu la démission d’un des membres de la commission, Michel Rocard - ait conduit les organisations syndicales, à “jeter l’anathème, la protestation, à y voir la main de je ne sais quelle logique libérale“. Le ministre a rappelé que le rapport avait été établi à partir de dizaines d’auditions “des enseignants eux-mêmes, des syndicats eux-mêmes“. (Ouest France lundi 04 février 200
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De son côté la FSU affirme que le rapport Pochard :
(…) fait l’impasse sur l’ensemble des enseignants du premier degré et se concentre quasi exclusivement sur ceux de second degré. (communiqué FSU du 4 février 200
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Voyons ce qu’il en est :
La proposition, déjà formulée en 1998 dans le rapport Pair, de créer des établissements du premier degré pour favoriser le travail collectif, la responsabilité, la régulation continue de proximité et le décloisonnement avec l’enseignement du second degré, reste d’actualité. Les lois du 13 août 2003 et du 23 avril 2005 prévoient la possibilité d’expérimenter des Etablissements publics de l’Enseignement Primaire (EPEP), mais les décrets d’application n’ont pas été pris. (Rapport Pochard, pp 130-131)
Ce passage est très important. Il montre d’abord que le rapport Pochard se place dans la continuité des rapports précédents qui prônaient le développement d’établissements autonomes (rapport Pair mais aussi rapport Thélot, rapport Camdessus, rapport Attali). Tous ces rapports se placent dans la même logique libérale : la transformation de l’école et en particulier de l’école primaire passera par la mise en place d’établissements autonomes et concurrentiels.
Constituer les écoles en établissements publics permettrait d’y développer des logiques d’autonomie financière et organisationnelle, semblables à celles que la commission préconise pour le second degré. (Rapport Pochard, p 131)
C’est très clair : toutes les attaques contre le second degré contenues dans le rapport Pochard menacent aussi à terme le premier degré. Ne croyons pas que l’annualisation et l’allongement de la durée de travail ne nous concernent pas. Pendant ce temps Gilles Moindrot, secrétaire général du SNUipp, veut nous faire croire que le rapport Pochard ne s’intéresse pas au primaire :
«Comment sérieusement tenter de tracer les évolutions à venir du métier sans se pencher sur les 360 000 enseignants du primaire [45 % du total] qui exercent de la maternelle au CM2, soit huit ans sur les douze de scolarisation obligatoire ?» s’étonne Gilles Moindrot, secrétaire général du Snuipp, premier syndicat du primaire. (Libération, 4 février 2005)
C’est faux, le rapport Pochard n’oublie pas le primaire. Contrairement à ce que le SNUipp, la FSU et la presse affirment conjointement, le rapport Pochard s’attaque au primaire autant qu’au secondaire voire plus encore !
L’autonomie n’est pas d’abord celle du chef d’établissement, c’est avant tout celle de l’établissement public. C’est la raison pour laquelle le bon fonctionnement des conseils,- conseil d’administration et conseil pédagogique- est essentiel. Ceci nécessite que le conseil d’administration soit un véritable lieu de délibération et de décision, et, ni une chambre d’enregistrement, ni une tribune. (Rapport Pochard, p 130)
Autrement dit le véritable pouvoir dans un établissement public d’enseignement primaire doit revenir ni au conseil pédagogique (les enseignants), ni au chef d’établissement qui doit être un simple exécutant. Le pouvoir doit revenir au conseil d’administration. Mais que veut dire que ce conseil d’administration ne doit pas être une tribune, sinon que les représentants des enseignants doivent y être minoritaires ? Cela tombe bien : la loi sur les EPEP prévoit un conseil d’administration majoritairement constitué d’élus locaux et de représentants des parents d’élèves. Le SNUipp a-t-il vraiment conscience du danger de la transformation des écoles en EPEP ? A-t-il évoqué le sujet lors de son audition par la commission Pochard ?
la perspective de regroupement d’écoles dans un établissement public est très vaguement évoqué par le président de la commission. G. Moindrot se déclare “pas très chaud” pour de grosses structures qui font “usine à gaz“. Pas un mot sur les projets du gouvernement d’expérimenter les EPEP, projets qui bouleverseraient notre métier s’ils étaient mis en œuvre. (Le SNUipp devant la commission Pochard, 15 octobre 2007)
Le SNUipp a-t-il compris que ses revendications pour la transformation de l’école pouvait être utilisées pour appuyer la transformation libérale de l’école ?
G. Moindrot veut bien reconnaître que “là où il y a 25 ou 30 élèves, au cours préparatoire, surtout là où les élèves ont des difficultés il faut pouvoir baisser” mais c’est pour affirmer immédiatement que [la baisse des effectifs] n’est pas l’essentiel, que le plus important c’est la mise en place d’un “dispositif plus collectif, plus discuté, plus divers“. “Plus de souplesse” comprennent les membres de la Commission. “C’est pas moi qui le dit” répond G. Moindrot, avec un rire gêné. (Le SNUipp devant la commission Pochard, 15 octobre 2007)
Plus de souplesse ? La commission a bien compris le message :
Ainsi la part du temps consacré à l’accompagnement des apprentissages pourrait-elle varier selon les classes, comme le temps consacré à la maîtrise des connaissances et compétences indispensables varierait lui aussi selon les besoins. Ce ne serait donc que dans l’école et sous l’autorité du directeur que ce service pourrait être défini dans le détail. (Rapport Pochard, p 131)
Y aurait-il un rapport avec la suppression du samedi matin ?
Lorsque le Président de la Commission demande si la suppression du samedi matin correspond à la revendication du 24+3, la réponse de G. Moindrot est très embarrassée. En effet, alors que tous ses mandats s’y opposent, le SNUipp a accepté le protocole proposé par Fillon pour discuter de la mise en œuvre du “moins d’école” voulu par Fillon et Sarkozy. (Le SNUipp devant la commission Pochard, 15 octobre 2007)
Le rapport Pochard souligne que la suppression du samedi matin en déconnectant clairement le temps de travail des enseignants et celui des élèves (ce qui est la réalisation d’un vieux mot d’ordre du SNUipp) entraîne une redéfinition des obligations de service des enseignants des écoles :
Une nouvelle définition du service des enseignants du premier degré est de fait en train de se mettre en place. Elle gagnerait à s’appuyer sur un établissement d’un statut juridique à inventer, piloté par un personnel d’encadrement et épaulé par une organisation collégiale. L’accroissement de la capacité d’action des écoles qui en résulterait pourrait donner lieu à un accord négocié avec l’inspecteur de l’éducation nationale et la collectivité de rattachement. (Rapport Pochard, p 131)
La suppression du samedi matin et l’augmentation du temps de concertation (le 24+3) s’articulent clairement avec la création d’établissements autonomes et à la soumission de l’école aux élus locaux. Nul doute, le rapport Pochard s’inscrit bien dans une stratégie de long terme de transformation libérale de l’école primaire.



"l faut éviter le fléchage des crédits et augmenter la déconcentration de la gestion, notamment en matière de personnel" (commission des finances à l'Assemblée, 14 mars 2006)
):
Mouvement de mai-juin 2003 sur les retraites
Congrès de Seignosse du SNUipp, juin 2004
...à Caen...
... et à Nice.




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