La colère au programme des instits
Revue de presse:
Article aujourd’hui sur le site de Libération

Interrogé sur la règle de trois, jeudi dernier sur Canal +, Xavier Darcos a séché. Sur le passé antérieur qu’il veut aussi réintroduire en primaire, il a répondu par un futur antérieur. La question n’était pas claire, a-t-il protesté. Une chose est sûre : le ministre de l’Education traverse une mauvaise passe. En pleine contestation contre les suppressions de postes, la grogne contre la réforme du primaire vient encore lui compliquer la tâche.
Pour la première fois depuis le début du mouvement, les professeurs des écoles de la région parisienne manifestent aujourd’hui à l’appel du Snuipp, le premier syndicat du primaire, aux côtés des lycéens et des enseignants. Si le ministre misait sur un essoufflement avec les vacances de Pâques, ça n’est pas gagné. Dix-huit organisations lycéennes, enseignantes et de parents d’élèves ont appelé hier à deux journées nationales d’action les 15 et 24 mai. Simultanément la pression politique s’accentue, avec notamment un «appel solennel» de Jack Lang à Nicolas Sarkozy pour rétablir les postes supprimés.
Résigné à l’impopularité des coupes dans le secondaire (8 830 enseignants en moins à la rentrée), il semble que Xavier Darcos ait été quelque peu surpris de l’hostilité suscitée par sa réforme du primaire. Il s’appuie au départ sur un constat alarmant : à la fin du CM 2, 15 % des élèves ne maîtrisent pas l’écriture et le calcul. «L’école primaire, qui s’est beaucoup fondée dans la confiance dans les enseignants, dans le pédagogisme, a échoué», estime-t-il. Il faut donc la rendre plus performante, en revenant aux méthodes qui ont fait leurs preuves - calcul mental, leçon de grammaire, récitation, etc.
Mais le projet de nouveaux programmes a déclenché une salve de critiques, dénonçant l’accent mis sur les automatismes et le rabâchage, mais aussi le secret qui a entouré la réforme. «Non seulement les syndicats n’ont pas été consultés avant sa publication comme c’était le cas lors des programmes de 2002, souligne Gilles Moindrot du Snuipp, mais le projet a été préparé dans un cercle restreint au ministère. Les experts qui avaient préparé ceux de 2002 et les chercheurs en sciences de l’éducation ont été écartés.»
Darcos se défend en disant avoir voulu éviter les interminables discussions qui ont abouti aux programmes actuels, trop lourds et compliqués selon lui. Il assure tout de même avoir consulté une dizaine de personnalités sur le projet, connues pour leurs vues plutôt classiques et leur inquiétude face à la baisse de niveau - l’académicien Erik Orsenna, le linguiste Alain Bentolila ou le professeur au Collège de France Antoine Compagnon - ou franchement conservatrices - comme l’instituteur Marc Le Bris, pourfendeur de la catastrophe scolaire et bête noire des «pédagogues».
Le ministre a ainsi voulu donner un coup de barre à droite, quitte à relancer les vieilles querelles idéologiques. Au-delà des syndicats jugés trop frileux, il mise en fait sur l’opinion, les familles et les enseignants pour soutenir sa réforme. Les instituteurs, consultés lors d’une demi-journée «banalisée», seraient bien plus partagés face aux nouveaux programmes que leurs organisations. «Ils apprécient que les programmes soient plus courts, avec des indications claires sur les progressions», assure une personnalité consultée. «Faux, réplique Gilles Moindrot, nous demandons que le ministère publie les remontées du terrain et nous pourrons alors juger.» Pour lui, la profession est «largement déstabilisée». Il prévoyait hier pas moins de 55 % de grévistes.

"l faut éviter le fléchage des crédits et augmenter la déconcentration de la gestion, notamment en matière de personnel" (commission des finances à l'Assemblée, 14 mars 2006)
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Mouvement de mai-juin 2003 sur les retraites
Congrès de Seignosse du SNUipp, juin 2004
...à Caen...
... et à Nice.



