Droit de grève attaqué: revue de presse

Accueil dans les écoles en grève: Sarkozy annonce un projet de loi avant l’été

Extrait de dépêche 16-05-08 — Un projet de loi instaurant un “droit à l’accueil” dans le primaire en cas de grève et une déclaration préalable des enseignants grévistes sera déposé “avant l’été”, a annoncé jeudi Nicolas Sarkozy au soir d’un mouvement national dans la fonction publique, et notamment l’éducation.

“J’ai demandé au gouvernement de déposer avant l’été un projet de loi qui instituera un droit à l’accueil des enfants inscrits dans nos écoles”, a dit le président de la République dans une déclaration à la presse retransmise en direct et annoncée seulement deux heures avant.

Au soir d’une journée de grève et de manifestations bien suivie dans la l’éducation, il a précisé: “le projet que je demande au gouvernement prévoira qu’en cas de grève, les professeurs grévistes se feront connaître 48 heures à l’avance”.

“Le projet prévoira également que les communes devront proposer des solutions d’accueil”, a encore assuré le président, en expliquant que “la charge financière (de cet accueil) sera assurée par l’Etat”.

“C’est l’Etat, en charge du service public d’Education nationale qui assurera le remboursement des frais engagés par les communes qui devront assurer un service d’accueil les jours de grève”, a-t-il analysé.

M. Sarkozy a souhaité que, “même en cas de grève, les enfants soient accueillis dans les écoles et que les parents qui le souhaitent puissent exercer leur droit légitime au travail”.

(…) Evoquant le service minimum d’accueil (SMA) expérimenté jeudi pour la deuxième fois par le gouvernement, Nicolas Sarkozy a estimé devant la presse, à l’issue de sa déclaration, qu’il ne pouvait pas reposer “sur le bon vouloir des maires dans les communes”.

Ce SMA consiste à rémunérer des agents municipaux pour qu’ils gardent les enfants les jours de grève, grâce aux retenues sur les salaires des grévistes.

2.837 des 22.500 communes accueillant au moins une école ont signé des conventions pour organiser ce dispositif, qui se heurte à l’opposition des syndicats, ainsi que de nombreux élus de gauche, mais pas seulement.

Les réactions syndicales au service minimum d’accueil à l’école

PARIS (AFP) 16-05-08 — Gérard Aschieri (FSU): C’est “assez extraordinaire qu’au lieu de répondre à ce mouvement, il parle d’autre chose. C’est légitime qu’on se préoccupe de la situation des familles mais aujourd’hui la meilleure manière de se préoccuper de cette situation et d’éviter les inconvénients c’est d’éviter la grève, avoir du dialogue social (…) Il dit qu’il respecte le droit de grève mais de fait, il en limite les conditions d’exercice. Le droit de grève, pour moi, c’est la ligne rouge à ne pas franchir”. (déclaration à France Info)

Daniel Sanchez, secrétaire confédéral de la CGT: “C’est une provocation, il a délibérément adressé une fin de non-recevoir aux salariés, qui correspond à l’ensemble des réponses qu’il a déjà faites sur les autres problèmes sociaux. Ses propos ont été focalisés sur les élèves qui n’avaient pas d’enseignants, comme si les enseignants et les fonctionnaires n’avaient pas de problèmes, et alors qu’il existe un malaise profond. M. Sarkozy a méprisé les salariés et a réagi avec une provocation, qui sera reçue de mauvaise manière. Nous invitons les salariés à réfléchir dès demain à d’autres mobilisations plus fortes, comme cela est prévu le 22 mai, pour réaffirmer leur mécontentement”. (déclaration à l’AFP)

Gilles Moindrot (SNUipp-FSU, principal syndicat du primaire): “Une annonce exaspérante qui frise la provocation. Au soir d’une journée d’action massivement suivie (…) il n’y a aucune réponse aux inquiétudes, aux demandes d’ouverture de discussion pour désamorcer le conflit. La seule annonce est une nouvelle diversion. Le gouvernement ferait mieux de réfléchir pour quelles raisons les mairies n’ont pas mis en place ce SMA (…) Les collègues seront exaspérés et ça va les encourager à participer aux actions de dimanche et du 24″. (déclaration à l’AFP).

Florian Lecoultre (UNL, 1er syndicat lycéen): “Sarkozy cède à une nouvelle provocation. A l’heure où les manifestations se font de plus en plus plus nombreuses, il jette encore de l’huile sur le feu. Il répond à côté. C’est acabradabrantesque de voir quelqu’un qui remet en cause le droit de grève après une journée comme celle d’aujourd’hui”. (déclaration à l’AFP)

Alix Nicolet (Fidl, lycéens): “La Fidl est scandalisée par les propos du Président de la République” sur le SMA (communiqué).

Gérard Gonthier (Unsa Education): “C’est une double déception, il n’y a rien sur la fonction publique, il n’y a rien sur l’éducation. On attendait des annonces importantes et on a la limitation du droit de grève. C’est une tentative de diversion. Il s’agit de dresser un peu l’opinion publique ou les parents contre les enseignants”. (déclaration à RTL).

Luce Bérille (SE-Unsa, 2e dans le primaire): “Au soir d’une journée de grève particulièrement suivie, qui traduisait un vrai malaise, le chef de l’Etat n’a pas un mot pour les revendications des enseignants. Il trouve le moyen de ne parler que de la façon de réduire les effets de la grève. Le sentiment général dans les écoles ces derniers jours, c’est que le gouvernement refuse de discuter et s’entête sur des orientations même si elles ne rencontrent pas l’adhésion des français”. (déclaration à l’AFP).

Faride Hamana (FCPE, 1ère chez les parents d’élèves): “Ce n’est pas la réponse opportune. Avec ce genre de projet de loi, on va générer des tensions entre les parents et les enseignants et entre les communes et les parents citoyens. Le gouvernement refuse de constater que le dispositif (SMA), là où il est mis en place, ne fonctionne pas. Avertir les parents avant une grève, les enseignants le font traditionnellement”. (déclaration à l’AFP).

Sgen-CFDT: “le Président de la République perd ses nerfs ! Au soir d’une journée de grève et de mobilisation largement suivie par les personnels et tout particulièrement dans les écoles, le Président de la République n’a rien trouvé de mieux que la démagogie et l’agression comme seules réponses aux situations conflictuelles que son gouvernement a provoquées”.

“En intervenant uniquement sur la question du service minimum et non sur les raisons de la crise, à savoir les suppressions de postes et les programmes scolaires, le Président de la République joue la carte de la provocation”. (communiqué)

Voir aussi:

Une réponse vers «Droit de grève attaqué: revue de presse»

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