Histoire générale de l’ultra-gauche
Histoire générale de l’ultra-gauche, Christophe Bourseiller
(Denoël, octobre 2003) 546p. 25 €.
Où, page 348, Pierre et Gérard sont victimes d’un copié-collé un peu trop rapide…
Voilà un livre qui ne nous proposera pas de définition de ce qu’est l’ultra-gauche de son titre. Car qu’est-ce qui différencie l’ultra-gauche des extrêmes gauches anarchistes, des trotskystes, des maoïstes ? Quel est, s’il y en a, le point commun entre le bordiguisme et Socialisme ou Barbarie qui partagent ses pages?
Certes dans l’introduction, après avoir joué sa première pirouette en annonçant qu’”il est malaisé de ranger ceux qui n’entrent pas dans les boîtes”, l’auteur s’accroche (déjà!) à des éléments de définition tirés du livre bien plus sérieux, mais épuisé, de Richard Gomblin. Mais “ultra-gauche” a été d’abord un adjectif avant d’être un nom. Une catégorie interne si mal délimitée de l’extrême gauche ne saurait être seulement l’ensemble hétéroclite (et ici très incomplet) de ceux qui ne s’enflammèrent “ni pour Moscou ni pour Pékin” , c’est d’abord et surtout une posture, une attitude développée face à la révolution à venir dans les années 1920: face au parti, aux syndicats, au front unique, aux élections, au fascisme. Car qu’est-ce que c’est vraiment “l’ultra-gauche” ?
Non seulement on ne le saura pas à l’issue de la lecture du livre, mais on n’aura quasiment rien appris ni du bordiguisme (on n’y aura dans ce cas peut-être rien perdu sinon les clés de ce qu’est justement une “ultra-gauche”) , ni de Socialisme ou Barbarie (et dans ce cas c’est franchement plus gênant, mais on est en droit de toute façon de s’interroger sur la présence de S. ou B. dans cette histoire).
Voilà une histoire générale qui, définissant si mal son objet d’étude, s’en va flottant, une histoire qui se contentera de copier-coller des historiettes mal maîtrisées de groupuscules fort peu décryptés pour la plus grande perplexité des non-connaisseurs, pour l’ahurissement d’autres: on y confond Pierre Monatte et Gérard Monatte (page 348), Paul Mattick et Paul Matisse (page 229) !
Le livre enchaîne des noms (quand donc ils sont corrects), des dates, mais prend-t-il la peine d’expliquer, de résumer clairement les apports théoriques, et donc l’intérêt même des personnes et mouvements cités ? Qu’aura t-on compris au “marxisme libertaire” ? Qu’est-ce qui permettra au lecteur d’en penser davantage que ce que lui évoque son nom: que ce doit être un drôle de syncrétisme…
Par exemple le début du chapitre “Les querelles de chapelles” est ahurissant: on y empile gratuitement en à peine trois pages presque tout ce qu’il y a de groupes dissidents du PCF dans les années 20 avant de nous présenter le couple Prudhommeaux. On n’y parle pas de la haine entre Souvarine et Treint: pourquoi alors citer Souvarine ? Pourquoi ne pas au moins dire que Treint fut un “bolchévisateur” infâme à la tête du PCF, que plus personne ne voulait entendre parler de lui ? Pour donner un air de sectarisme mystérieux à l’échec d’une conférence en 1928 dont il ne nous dit rien ? Remplir une page de plus d’une mauvaise copie ? Car tout est comme ça, tout le temps. Ca en devient vite épuisant.
Autre exemple s’il en faut: lire page 79 que les positions du POUM “rappellent celles du KAPD” c’est totalement débile!
Bourseiller a lu Bourrinet et Gottraux (cf. ci-dessous), c’est bien, mais il n’est pas le seul : encore faut-il présenter au lecteur un ouvrage qui tienne la route. Copier-coller, pourquoi pas après tout, si c’était bien fait: c’est à dire, a minima, correctement conçu et relu…
Certes, Bourseiller semble nettement mieux connaître le situationnisme et nous livre un chapitre 5 intéressant. Toujours à son actif, Bourseiller a un mérite: il ne néglige pas d’évoquer les mauvais côtés, les faces noires du gauchisme. Il cite ainsi la défense de Van der Lubbe, l’incendiaire du Reichtag; ou la dégénérescence négationniste de la Vieille Taupe. Mais c’est là la surface “accidentelle” des choses. Plus systématiquement, au-delà de la problématique sectaire des micro-groupes, la plupart des courants gauchistes évoqués (mais avec eux l’I.C. elle-même jusqu’en 1933) ont d’abord sombré dans la sous-estimation du danger fasciste avant-guerre; ont accompagné avec l’esprit mai-68 la dérive intellectualiste et libérale-libertaire de militants devenus inutiles à un mouvement ouvrier dont ils refusaient les organisations de masse. En même temps, le livre ne souligne pas assez à quel point nombre de ces groupes purent être visionnaires par exemple sur la stalinisation de la révolution bolchevique, sur la bureaucratisation des organisations. Pour ceux qui ne connaissent pas le “communisme des conseils” de la gauche dite hollandaise citons par exemple les Thèses sur le bolchevisme publiées en 1934.
Un livre à lire peut-être quand même par curiosité après les critiques précédentes. Sûrement pas un livre de référence ! Après le coup du Gérard Monatte en page 348, on ne croira sûrement pas d’emblée Bourseiller quand il nous balance que les Cahiers Spartacus étaient financés par la CIA…
On en apprendra davantage en téléchargeant gratuitement les sources auxquelles Bourseiller a largement pioché, sur l’excellent site de Philippe Bourrinet : http://www.left-dis.nl. On trouvera aussi sur internet la célèbre brochure de Lénine: La maladie infantile du communisme (le “gauchisme”). De Maximilien Rubel on trouvera quelques textes sur http://www.plusloin.org/textes. Sur Socialisme ou Barbarie on lira le livre de Philippe Gottraux et quelques textes de Castoriadis mis en ligne. Sur Anton Pannekeok on se reportera à ses archives ouvertes sur MIA. Sur le bordiguisme on pourra directement consulter leurs archives sur http://www.sinistra.net/.
S.J.




"l faut éviter le fléchage des crédits et augmenter la déconcentration de la gestion, notamment en matière de personnel" (commission des finances à l'Assemblée, 14 mars 2006)
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Mouvement de mai-juin 2003 sur les retraites
Congrès de Seignosse du SNUipp, juin 2004
...à Caen...
... et à Nice.



